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DATOS 4 AOÛT 2026 · 8 MIN DE LECTURE

Pourquoi ton GPS affiche plus de dénivelé que tu n’en as fait

Le dénivelé cumulé se gonfle facilement de 20 à 40 %. Pourquoi, le rôle des arbres, des pauses et de l’altimètre barométrique, et comment lire ce chiffre.

TRACE BRUTE TRACE FILTRÉE
LE MÊME TERRAIN ADDITIONNÉ DEUX FOIS : AVEC LE BRUIT ET SANS LE BRUIT · FIGURE ILLUSTRATIVE, PAS UN ITINÉRAIRE MESURÉ

Ce que mesure vraiment le « dénivelé cumulé »

Ce n’est pas la différence entre le point le plus bas et le point le plus haut de l’itinéraire (ça, c’est le dénivelé net). Le cumulé, c’est la somme de toutes les montées, une par une, tout au long du parcours. Si un itinéraire monte de 300 m, descend de 100 et remonte de 200, son dénivelé cumulé est de 500 m, même si le sommet n’est qu’à 400 au-dessus du départ.

Et c’est là qu’est le problème : c’est une somme. Toute erreur de mesure qui apparaît comme une montée s’ajoute au total et ne se compense plus jamais. Une trace de trois heures peut compter deux mille points ; si l’altitude de chacun oscille de quelques mètres à cause du bruit, ces oscillations s’additionnent des centaines de fois.

Le chiffre clé

Le GPS d’un téléphone a une erreur verticale typique de deux à trois fois l’erreur horizontale. Là où il te situe à 5 m près sur la carte, il peut se tromper de 10–15 m en altitude. Si cette oscillation se répète tout au long de la trace, le cumul se gonfle facilement de 20–40 %, et bien plus encore sous un couvert forestier dense.

D’où vient l’erreur

La géométrie des satellites

INHÉRENT

Un GPS calcule ta position par trilatération à partir des satellites qu’il voit. Pour la position horizontale, ils sont répartis tout autour de toi, ce qui est la bonne configuration. Pour l’altitude, en revanche, ils sont tous au-dessus de toi : il n’y en a aucun sous tes pieds pour aider à borner l’axe vertical. Cette asymétrie est inhérente au système et aucun téléphone ne la corrige, aussi cher soit-il.

Les arbres et les ravins

SIGNAL RÉFLÉCHI

Sous une hêtraie dense ou dans un canyon étroit, deux choses se produisent à la fois : on voit moins de satellites, et ceux qu’on voit arrivent après avoir rebondi sur les troncs et les parois. Ce signal réfléchi a parcouru un trajet plus long que le trajet direct, si bien que le récepteur calcule une distance plus grande et te place là où tu n’es pas. Dans une gorge, la trace « saute » d’un versant à l’autre, et chaque saut ajoute des mètres de montée qui n’ont jamais existé.

S’arrêter n’aide pas

SANS BOUGER D’UN POUCE

C’est la cause que le moins de gens connaissent : un GPS immobile continue de mesurer. Si tu t’assois vingt minutes pour manger avec l’enregistrement actif, le récepteur continue d’enregistrer des points, et chacun a sa propre erreur d’altitude. Sans filtre, cette pause peut ajouter des dizaines de mètres de dénivelé à un itinéraire pendant lequel tu n’as pas bougé d’un pouce.

L’altimètre barométrique, meilleur mais pas infaillible

Beaucoup de montres de montagne (et certains téléphones) ont un baromètre, qui déduit l’altitude de la pression atmosphérique. Il est nettement plus stable que le GPS pour mesurer les variations d’altitude, et c’est pour ça que les montres donnent souvent des cumuls plus crédibles.

Mais il mesure une pression, pas une altitude. Si la météo change pendant l’itinéraire, le baromètre l’interprète comme du dénivelé. Un front qui arrive et fait baisser la pression pendant que tu marches est enregistré comme une montée continue que tu n’as jamais faite. C’est pour ça que les bonnes montres se recalibrent régulièrement avec le GPS : chaque système comble les lacunes de l’autre.

ALTIMÈTRE BAROMÉTRIQUE +Plus stable que le GPS pour mesurer les variations d’altitude +C’est pour ça que les montres donnent souvent des cumuls plus crédibles −Si la météo change pendant l’itinéraire, il l’interprète comme du dénivelé
ALTITUDE PAR SATELLITE +Les bonnes montres s’en servent pour recalibrer le baromètre −Tous les satellites sont au-dessus : rien ne borne l’axe vertical −Sous une hêtraie dense ou dans un canyon, le signal arrive réfléchi

Pourquoi le lissage n’est pas de la triche (et ce qu’il coûte)

Presque toutes les plateformes appliquent un filtre avant de faire la somme : les variations d’altitude inférieures à un seuil (en général entre 3 et 10 m) sont écartées, parce qu’on les considère comme du bruit et non comme du terrain.

C’est la bonne approche, et c’est aussi la raison pour laquelle le même itinéraire te donne des chiffres différents dans deux applications. Ce n’est pas que l’une mente : c’est que chacune a choisi son seuil. Avec un seuil bas, le bruit passe et le cumul s’envole ; avec un seuil haut, on perd de vrais raidillons et le cumul est trop faible. Il n’y a pas de valeur « vraie », il y a un compromis.

Ce qui fait une vraie différence entre les plateformes, c’est qu’elles te le disent ou non.

Ce que fait Suviard de tout ça

Nous lissons le profil pour que l’altimétrie ne fasse pas de sauts absurdes, mais nous ne corrigeons pas la donnée pour lui faire dire ce qu’elle « devrait » être : nous préférons que tu voies ce qui a été enregistré. Chaque itinéraire provient d’une trace enregistrée par une personne avec son appareil, et nous ne la réécrivons pas pour qu’elle soit plus jolie.

Pour la même raison, chaque fiche affiche le temps estimé et le temps réel côte à côte. L’estimé vient d’une formule classique de montagne (la règle de Naismith et ses corrections liées au dénivelé) ; le réel est celui qu’a mis la personne qui l’a fait. N’afficher que l’estimé serait plus propre et bien moins honnête : un itinéraire « de trois heures » sur le papier peut t’en prendre cinq si le terrain est mauvais.

Si tu vois un itinéraire avec des données qui ne collent pas, dis-le-nous. On vérifie à la main.

Comment lire le chiffre, en pratique

  1. 01Compare des cumuls issus de la même source. Deux itinéraires mesurés avec la même appli et le même seuil sont comparables entre eux, même s’ils sont gonflés tous les deux. Comparer le chiffre d’une appli avec celui d’une autre ne dit presque rien.
  2. 02Méfie-toi des cumuls ronds et énormes sur les itinéraires courts. Mille mètres de dénivelé en huit kilomètres, ça existe, mais sur un terrain plat et boisé, c’est généralement du bruit.
  3. 03Mets l’enregistrement en pause pendant les longs arrêts. C’est la correction qui élimine le plus de faux mètres, et la seule qui dépend entièrement de toi.
  4. 04Regarde le profil, pas seulement le chiffre. Un profil en dents de scie continues dans une zone que tu sais plate, c’est du bruit ; un profil aux rampes nettes, c’est du terrain.
  5. 05Pour planifier, fie-toi au temps réel plutôt qu’à l’estimation, et au dénivelé seulement comme ordre de grandeur. La montagne ne pardonne pas une donnée optimiste.

En résumé

Le dénivelé cumulé est une somme de petites différences, et les sommes amplifient l’erreur au lieu de la compenser. Ton GPS n’est pas cassé : il mesure l’altitude sur l’axe où il est le moins précis, et il fait l’addition deux mille fois. Considère ce chiffre comme une estimation avec une marge, pas comme une mesure, et méfie-toi de toute plateforme qui te le présente avec trois chiffres significatifs et sans la moindre note de bas de page.

Pour en savoir plus sur notre façon de traiter les données, lis À propos de Suviard.

Comment nous traitons les données Ce que nous mesurons, ce que nous lissons et ce que nous ne touchons pas sur chaque itinéraire. À propos de Suviard
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